101 - TRANSPORT ABIDJANAIS: LA CICF ANNONCE UN NOUVEAU RÊVE
Lundi 15 Mars 2004
La capitale économique ivoirienne attend son nouveau système de transport.
Abidjan comme Paris, Berlin, Londres, etc. C’est le pari non encore tenu de certains opérateurs privés qui se proposent de doter la capitale économique ivoirienne d’un système de transport urbain adéquat. Le dernier-né des projets est celui du train électrique que promet la Société ivoirienne de chemin de fer (Cicf). Les études sont en cours.
Pour mémoire, le gouvernement ivoirien avait prévu, en 1995, le développement de projets d'infrastructures incluant un train suburbain à Abidjan. Le projet, évalué à près de 100 milliards de Fcfa, devrait relier le Nord-Ouest à l'Est et au Nord de la ville d’Abidjan. Ce projet s’étend sur 25 kilomètres de la voie ferrée actuellement exploitée par l'opérateur Sitarail (filiale du groupe Bolloré). Les travaux d'infrastructures (voie, électrification, génie civil) ont été évalués à 40 milliards de francs Cfa financés par l'État ivoirien et les bailleurs de fonds (Banque Mondiale et AFD). Par ailleurs, un contrat de concession de type B.O.T., sur 20 à 30 ans, serait attribué à un opérateur privé, pour l'exploitation du réseau. Cet opérateur se chargera de l’acquisition du matériel roulant, de la rénovation des ateliers et de la mise en place du système d'exploitation. Le contrat de concession avait été évalué globalement à 60 milliards de francs Cfa.
Les termes de référence des quatre études nécessaires à l'avancement du projet (impact environnemental, avant-projet sommaire, étude de la demande, étude institutionnelle) ont été achevés et les pré-qualifications ont été faites. Seul l'aval des autorités ivoiriennes manquait pour lancer les appels d'offres. L’instabilité politique depuis décembre 1999, marquée par le premier coup d’État en Côte d’Ivoire a-t-elle eu raison des ambitions et autres projets de développement ? Certainement.
Abidjan, ville cosmopolite, est peuplé de plus de 4 millions d’habitants avec ses nombreux déplacés de guerre. Le problème de transport urbain se pose avec beaucoup d’acuité. D’innombrables files de voitures bouchent la circulation, ralentissant les activités économiques. A défaut de réaliser les grands projets tels le tramway, des promoteurs pourraient se rabattre sur l’organisation des moyens traditionnels de déplacement, notamment les taxis compteurs, les taxis communaux, communément appelés « woro-woro », les mini cars baptisés « gbaka » ou davantage les bus de la Société de transport abidjanais.
La sotra et les autres
La Société des Transports urbains (Sotu), supposée concurrente officielle de la Sotra, était sensée débuter ses activités le 2 janvier 1999. Elle devrait desservir les zones de Yopougon et d’Abobo, les deux communes les plus populaires d’Abidjan. Si les autobus Sotu avaient été mis en circulation, la Sotra aurait retiré ses 198 bus répartis dans ces deux communes afin d’étoffer son parc auto sur les autres lignes.
En janvier 2002, la Banque mondiale, à travers son Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques (Certu), a publié le résultat d’une étude réalisée en 1998. Celle-ci porte sur le dysfonctionnement du système des transports dans la capitale économique ivoirienne. Tous les résultats présentés portent sur les dix communes d’Abidjan. La Sotra (société des transports abidjanais) disposait, selon cette étude, de 645 véhicules pour 740 000 à 765 000 voyageurs par jour. Elle transportait 24 à 26% des populations abidjanaises. Quant aux mini cars (Gbaka), elles étaient au nombre de 2 700 véhicules pour 700 000 à 800 000 voyageurs par jour, représentant 25% des parts du marché. Les taxis communaux se chiffraient à 5 000 pour 450 000 à 550 000 voyageurs par jour. Ce qui leur vaut 16 à 17% des parts du marché. Quant aux 8 200 Taxi-compteurs, ils transportaient 400 000 à 500 000 voyageurs par jour, représentant 14 à 16% des parts du marché. Au total, Abidjan comptait, il y a 4 ans, 154 308 véhicules, y compris les camions et les véhicules de particuliers pour une mobilité d’environ 2 800 000 voyageurs par jour. Ces chiffres ont évolué aujourd’hui. Les parcs autos ont augmenté. Les populations également. Les bus et bateaux-bus de la Sotra sont en général bondés de passagers et tombent souvent en panne. Les autobus sont surexploités. Le parc automobile de la cette entreprise est vieillissant. L’âge moyen des bus est de 13 ans. Pendant les périodes du couvre-feu, au début de la crise qui a éclaté en septembre 2002, l’entreprise a enregistré une perte globale de 200 millions de francs Cfa, soit une moyenne de près de 19 millions de francs Cfa par jour, équivalent à 30 % des recettes et 17 % du chiffre d’affaires global.
Il y a quatre à cinq ans, les bus faisaient en moyenne 55 000 kilomètres par an. Aujourd’hui, ils font plus de 85 000 kilomètres par an. En août 2000, lorsque l’actuel Directeur général, M. Attey Philippe prenait fonction, la société enregistrait 36 milliards de pertes cumulées dues à l’assainissement des comptes de la Sotra. Cette situation financière a noyé l’excédent budgétaire de 506 millions de francs Cfa réalisé au terme de l’exercice de l’année 2001. Pour atteindre l’équilibre de l’exploitation courante, l’État de Côte d’Ivoire a dû fermer les yeux sur les 16,261 milliards de francs Cfa que la société lui devait. Tous les espoirs de redressement de la Sotra seront malheureusement contrariés par le coup d’État funeste du 19 septembre 2002 suivi de la rébellion armée.
Compte transport d’Abidjan
Le CTA, compte transport d’Abidjan, permet de montrer que les dépenses de transport dans la seule ville d’Abidjan sont comprises entre 314 et 376 milliards de francs Cfa par an, toutes taxes comprises, soit de 10,5% à 12,5% du produit intérieur brut de la ville. L’étude réalisée par la Banque mondiale indique que le produit intérieur brut d’Abidjan est estimé à 3 000 milliards de francs Cfa en 1998 (un peu moins de la moitié du PIB de la Côte d’Ivoire). Chaque Abidjanais doit débourser annuellement entre 105 000 et 125 000 Fcfa. Les taxes frappant les activités de transport abidjanais génèrent un revenu fiscal de 77 milliards de francs Cfa par an. Les dépenses de transport hors taxe peuvent donc être estimées entre 237 et 299 milliards de francs Cfa par an, soit 8% et 10% du PIB de la ville. Les recettes fiscales assises sur l’activité de transport à Abidjan sont estimées à 77 milliards l’année et se repartissent de la manière suivante : les impôts et taxes directes perçus en dehors de la Sotra sont évalués à 5,5 milliards de francs Ccfa par an. Les impôts et taxes indirects, toujours hors Sotra, se chiffrent à 64,9 milliards de francs Cfa par an. Les impôts et taxes sur les activités de la Sotra s’élèvent à 6,6 milliards de francs Cfa. La ville d'Abidjan dispose d'un système de transport important comportant un choix assez large de bus, de taxis et de minibus, avec des différents services et tarifs acceptables. Mais, le dysfonctionnement au niveau des transporteurs publics et privés ne permet pas de répondre aux besoins de déplacements croissants de la population.
Auteur: Bourahiman Ouattara
Source : Frat-Mat No11805 du 15 mars 2004